Entré en vigueur le 21 février 2026, le nouveau statut du bailleur privé, officiellement baptisé dispositif Jeanbrun du nom du ministre du Logement Vincent Jeanbrun, marque une rupture franche avec les logiques d’incitation fiscale précédentes.
Après l’extinction du Pinel fin 2024 et la contraction spectaculaire de l’investissement locatif neuf (–40 % au 1er trimestre 2025 selon les données sectorielles), le gouvernement a choisi de refonder entièrement le cadre fiscal des bailleurs privés. Résultat : un mécanisme d’amortissement fiscal sur les revenus fonciers, non zoné, applicable au neuf comme à l’ancien rénové, et assorti d’un engagement de location de 9 ans. Décryptage complet.
Pourquoi un nouveau statut du bailleur privé en 2026 ?
La crise du logement locatif privé n’est plus un signal d’alarme isolé, c’est une réalité structurelle. L’offre locative a reculé de 15 % en cinq ans dans les zones tendues, tandis que les mises en chantier atteignaient leurs niveaux les plus bas depuis plusieurs décennies. La fin du dispositif Pinel au 31 décembre 2024, dont les dernières années avaient déjà été fortement rabotées (réduction d’impôt ramenée à 14 % en 2024), a créé un vide fiscal que ni le marché ni les propriétaires n’ont pu absorber spontanément.
C’est dans ce contexte d’urgence que la mission parlementaire Daubresse-Cosson a remis à l’été 2025 un rapport proposant la création d’un statut unifié du bailleur privé. Le gouvernement a repris cette ambition dans le projet de loi de finances pour 2026, en y apportant une architecture plus ambitieuse via l’article 49.3 déposé le 21 janvier 2026.
Sources : Ministère de la Transition écologique
Comment fonctionne le dispositif Jeanbrun ? Le mécanisme d’amortissement expliqué
La différence fondamentale avec le Pinel réside dans la nature même de l’avantage fiscal. Là où le Pinel offrait une réduction directe de l’impôt sur le revenu (jusqu’à 21 % du prix d’acquisition à ses débuts), le dispositif Jeanbrun repose sur un amortissement annuel d’une fraction de la valeur du bien. Concrètement : chaque année, le propriétaire déduit un pourcentage du prix d’acquisition de sa base imposable de revenus fonciers, ce qui réduit mécaniquement l’impôt dû sans pour autant constituer une niche fiscale au sens classique du terme.
L’amortissement réduit la base imposable de vos revenus fonciers, pas directement votre impôt. L’économie réelle dépend donc de votre tranche marginale d’imposition (TMI). Plus vous êtes imposé, plus le gain est substantiel : à une TMI de 41 % + prélèvements sociaux (17,2 %), l’économie peut dépasser 29 000 € sur la durée d’engagement selon les simulations disponibles.
Sources : Légifrance — Loi n° 2026-103 du 19 février 2026
Les taux d’amortissement selon le type de location
Le taux applicable varie selon le niveau de loyer pratiqué et l’engagement social du bailleur. La base amortissable est fixée à 80 % du prix d’acquisition, et non la totalité du bien.
| Type de bien | Niveau de loyer | Taux d’amortissement / an | Plafond annuel |
|---|---|---|---|
| Logement neuf | Intermédiaire (–15 % marché) | 3,5 % | 8 000 € |
| Logement neuf | Social (–30 % marché) | 4,5 % | 10 000 € |
| Logement neuf | Très social (–45 % marché) | 5,5 % | 12 000 € |
| Ancien rénové (travaux ≥ 30 %) | Intermédiaire | 3 % | 8 000 € |
| Ancien rénové (travaux ≥ 30 %) | Social | 3,5 % | 10 000 € |
| Ancien rénové (travaux ≥ 30 %) | Très social | 4 % | 12 000 € |
Sources : Légifrance — Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 — Lefebvre Dalloz Compétences
La gestion des déficits fonciers : une nouveauté bienvenue
Le dispositif introduit également une amélioration notable pour les bailleurs qui génèrent un déficit foncier (charges supérieures aux loyers perçus). Ce déficit reste imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an, portée à 21 400 € en cas de travaux de rénovation énergétique sur une passoire thermique. Le surplus est reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes, selon les règles de droit commun.
Conditions d’éligibilité : qui peut en bénéficier ?
Les biens éligibles
Le dispositif Jeanbrun s’applique exclusivement à la location nue (logement non meublé) à usage de résidence principale du locataire. Il couvre deux catégories de biens, mais avec une contrainte importante : seuls les immeubles collectifs sont éligibles, les maisons individuelles étant expressément exclues du périmètre.
- Logements neufs : achèvement postérieur à la date de publication de la loi de finances 2026 et conformité à la réglementation environnementale RE2020.
- Logements anciens rénovés : travaux de réhabilitation représentant au moins 30 % du prix d’acquisition, avec atteinte des classes énergétiques A ou B après travaux.
Point notable : contrairement au Pinel, aucun zonage géographique n’est imposé. Le dispositif s’applique sur l’ensemble du territoire français, laissant aux investisseurs la liberté de cibler des marchés locaux sans contrainte administrative de zone.
Les obligations du bailleur pendant les 9 ans
En optant pour ce statut, le propriétaire s’engage sur plusieurs points fermes pour toute la durée du dispositif :
- Mise en location dans les 12 mois suivant l’achèvement ou l’acquisition du bien.
- Respect des plafonds de loyers définis selon le niveau d’engagement (intermédiaire, social ou très social).
- Basculement obligatoire au régime réel simplifié — incompatible avec le régime micro-foncier pendant toute la période.
- Pour les investissements via SCI : la société doit être soumise à l’IR (et non à l’IS), et les associés doivent prendre un engagement de conservation des titres pendant toute la durée.
Ce que le dispositif Jeanbrun change concrètement par rapport au Pinel
Pour les propriétaires déjà familiers de l’investissement locatif défiscalisé, la transition mérite d’être bien comprise. Le dispositif Jeanbrun n’est pas un Pinel amélioré : c’est un outil fiscal structurellement différent, avec ses propres avantages et ses propres limites.
Premier avantage significatif : l’amortissement Jeanbrun n’est pas soumis au plafonnement global des niches fiscales (fixé à 10 000 € par an pour la plupart des dispositifs). Il s’ajoute librement aux autres charges déductibles classiques — taxe foncière, intérêts d’emprunt, frais de gestion locative — sans concurrencer d’autres avantages fiscaux déjà mobilisés.
Second point de vigilance : la revente du bien sera fiscalement pénalisée. Les amortissements déduits seront réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable lors de la cession, à l’image du régime applicable au LMNP depuis 2025. Ce point est structurant pour tout calcul de rentabilité à long terme et doit être anticipé dès la phase d’acquisition.
Le dispositif est accessible aux investisseurs qui détiennent leur bien via une SCI soumise à l’impôt sur le revenu. L’amortissement s’applique au niveau de la société et est réparti entre associés au prorata de leurs parts sociales. Les sociétés soumises à l’IS sont en revanche exclues.
Sources : Légifrance — Loi n° 2026-103 du 19 février 2026
Ce qu’il faut retenir du dispositif Jeanbrun avant d’investir
Le dispositif Jeanbrun constitue une avancée réelle pour les investisseurs locatifs particuliers, en offrant une visibilité fiscale stable sur neuf ans et une mécanique d’amortissement plus souple que les générations précédentes de dispositifs. Il est particulièrement adapté aux ménages fortement imposés (TMI 30 % ou plus), désireux d’investir dans l’immobilier collectif neuf ou dans la rénovation lourde de biens anciens dégradés.
Il comporte néanmoins des limites structurelles à ne pas négliger : exclusion des maisons individuelles, travaux obligatoires à hauteur de 30 % dans l’ancien, loyers plafonnés pendant toute la durée d’engagement, et réintégration fiscale des amortissements en cas de revente. Autant de paramètres qui nécessitent une étude de rentabilité personnalisée avant tout engagement.
Le dispositif est applicable aux acquisitions réalisées jusqu’au 31 décembre 2028. Une fenêtre de trois ans pour se positionner, dans un marché immobilier qui reste sous tension mais où les conditions de taux et de prix commencent à se stabiliser.
Cet article a une vocation informative générale. Le dispositif Jeanbrun est récent (entrée en vigueur le 21 février 2026) et certaines modalités d’application pratique sont encore en cours de précision par l’administration fiscale. Avant tout investissement, consultez notre cabinet d’avocats en droit immobilier.






